Voilà une biographie succincte d’Ahmed Tewfik El Madani écrite par lui même probablement pour quelque organisme du Moyen Orient comme en témoigne son usage de noms de mois tels qu’employés dans cette contrée du monde.

Principales étapes de la vie d’Ahmed Tewfik el-Madani

1 – Ahmed Tewfik el-Madani est né à Tunis le 1er novembre 1899 de parents algériens qui avaient émigré suite à la défaite de l’insurrection de 1871.

2 – Il fit ses études primaires à l’école coranique locale où il apprend les principes de la langue française.

3 – Il naquit dans un milieu nourrit par l’esprit de révolution et de désapprobation du colonialiste et reçu son éducation dans un environnement exclusivement islamo-arabe.

4 – Il fit ses études secondaires à l’institut khaldounien sous les mains de maître Hassan Hassani Andelouaheb, membre de l’académie arabe et ses études supérieures à la mosquée de la Zaytûna à Tunis.

5 –  Au début de la 1ère guerre mondiale, en 1914, il se mit à publier des articles dans le journal algérien « El-Fârouk » (Le Discriminant) dans lesquels il critique sévèrement la politique coloniale dans sa tentative de démolition des mœurs islamiques et dans sa tentative d’éradication de la langue arabe. Il rallia un groupe de jeunes qui œuvraient à troubler le colonialisme français. Les autorités françaises l’arrêtent en février 1915, alors qu’il n’a que 16 ans et le mettent en détention dans une cellule isolé de tous pendant quatre ans, jusqu’en 1918.

6 – Il profite de son emprisonnement pour étudier les livres de langue, de lettres, d’histoire, de sciences religieuses ; il développe sa connaissance de la langue française et des sciences modernes. Son père ne cesse de le pourvoir en livres qu’il demande.

7 – Il rejoint en 1920 l’équipe éditoriale de la revue « El-Fedjr » (l’aurore) qui était l’organe du parti destourien naissant. Puis il devient le responsable éditorial de ladite revue. Il est élu membre du premier comité exécutif du parti du Destour que dirige le regretté Cheikh Abdelaziz al-Thaalibi et occupe dès lors de poste de secrétaire de langue arabe du parti et son directeur des affaires internes.

8 – Le Destour lui confie la charge de la rédaction des chroniques de politique étrangère dans tous les journaux du Parti qui faisait paraître un numéro d’un quelconque de ses journaux quotidiennement. Il signait alors ses articles : « El Mansour » (Le Victorieux). Ces articles connaissent un succès considérable et nombre d’entre ces articles sont repris dans les journaux du monde arabe et ceux du monde musulman (Indonésie, Inde…)

9 – En 1922, il publie son premier livre, « L’almanach d’El-Mansour » en 320 pages, véritable registre annuel de l’Afrique du Nord, dont les études présentées embrassent l’histoire, les lettres, les sciences, les sociétés. Sa parution dure cinq ans[1] et dans le même nombre de pages.

10 – Entre 1922 et 1924, il publie, outre les articles parus dans les journaux et revues et outre « l’Almanach d’El-Mansour » trois opuscules :

  1. « La liberté, fruit de la lutte armée ou le combat de l’Irlande pour l’indépendance »
  2. « Le traité de Sèvres. »
  3. « La Tunisie face à la société des nations. »

11 – Entre 1922 et 1925, il relie la Tunisie à un réseau de cellules destouriennes dans 77 villes du pays tunisien qu’il entretient régulièrement par des conférences dans leurs cercles. Son activisme politique et sa résistance au colonialisme prennent de l’essor. Les autorités françaises émettent à son égard un décret de bannissement en Algérie, pays d’origine de sa famille. Il y est acheminé le 5 juin 1925 n’ayant rien sur lui.

12 – Les Algériens lui réservent un accueil chaleureux. Il rencontre dès les premiers jours les cheikhs AbdelHamid Benbadis, Bachir El Ibrahimi, Moubarek El Mili entre autres. Tous décrètent l’urgence d’un travail pour constituer un mouvement qui montrera l’Algérie sous son vrai visage : Musulmane, Arabe, Nationaliste, une Algérie qui combattra la francisation des mœurs et de la politique et les tentatives assimilationnistes avec la France. Il rédige alors son manifeste contre la francisation et l’assimilation intitulé : « Entre la vie et la mort » qu’il publiera dans le journal « El-Islah » (Le Réformisme) et dans la revue « Ach-Chihâb » (Le météore). L’article connaît un grand succès dans le monde de la politique et le mouvement national commence à identifier clairement ses objectifs et à centrer les repères de son action.

13 – Il écrivait les chroniques de politique extérieure et de politique intérieure de la revue « Ach-Chihâb » qu’avait lancée le regretté cheikh Benbadis et cela durera 15 ans jusqu’à la fermeture de la revue en 1939.

14 – Avec un groupe de notables algériens[3], il contribue à la création du « Cercle du progrès »  en 1926 qui aura un rôle moteur dans le développement de la vie arabe et musulmane en Algérie. C’est au sein de ce cercle que naîtront la plupart des mouvements algériens fussent-ils culturels, sociaux, religieux ou politiques. L’un des plus prestigieux d’entre ceux-là est « l’Association des Oulamas Musulmans Algériens. »

15 – A cette même époque, en 1927, il publie son livre « Carthage en quatre âges, ou l’Histoire de l’Afrique du Nord avant l’islam. » par lequel il vise à montrer que l’Algérie, et depuis l’aube des temps, n’a cessé de combattre tout colonialisme. Il vise aussi par son livre à annihiler le récit mensonger de l’influence civilisatrice romaine chantée par les colons français. Il y montre les origines communes des deux principales composantes du pays que sont les Berbères et les Arabes qui sont les seuls à avoir édifié la civilisation et réalisé le bonheur en Afrique du Nord et ce, depuis qu’ils se sont unis sous l’étendard du Coran. Ce livre –comme en attestent les étrangers honnêtes- a fait foi de véritable école d’histoire moderne et a détruit toutes les thèses colonialistes anciennes. Il servit de modèle à tous les historiens algériens qui ont écrit sur le sujet par la suite.

16 – En 1929, il rédige les statuts et le plan d’action de l’Association des Oulamas Musulmans Algériens. Avec quelques membres du Cercle du Progrès, il œuvre à réunir tous les oulamas algériens dans une assemblée générale. De cette assemblée naîtra l’Association des oulamas qui élira pour président l’illustre et regretté Benbadis et pour vice-président l’illustre et regretté El-Ibrahimi. Cette association deviendra un tournant décisif dans la vie algérienne.

17 – En 1930, alors que la France fête le centenaire de sa colonisation de l’Algérie, il publie son grand ouvrage, « Le livre de l’Algérie » dans lequel il expose pour la première fois l’histoire de l’Algérie, la situation dans laquelle elle se trouve selon le point de vue arabo-musulman, la condition du peuple algérien et la politique esclavagiste de la France dans les domaines politique, économique et social. Il émet dans son livre des directives claires.

18 – En 1937, il publie son ouvrage « Mohamed Osman Pacha, Dey d’Alger » dans lequel in démontre les vérités historiques que les Français n’ont cessé d’œuvrer à éclipser pendant un siècle en prétendant que l’Algérie était une colonie turque qui vivait dans une situation de pauvreté, de misère, de guerres civiles jusqu’au jour où les Français la libérèrent et la civilisèrent. Le livre montrera la vérité sur la rescousse ottomane faite à l’Algérie dans sa lutte contre l’agression croisée ainsi que sur la naissance de l’État algérien, son autonomie, son héroïsme. Il rend compte des atrocités et les horreurs du colonialisme français. Ce livre constitua également une école d’histoire sur le modèle de quoi seront écrits tous les livres traitant du même sujet.

19 – En 1941, il publie son livre « Les musulmans en Sicile et dans le sud de l’Italie » dans lequel il redonne vie à l’histoire de la Sicile à l’époque musulmane, depuis les premières conquêtes jusqu’à l’effondrement, soit un peu plus de trois siècles. Le livre traite de l’histoire des souverains, des engagements militaires, de l’histoire des lettres, de l’art, de l’interaction civilisatrice qui illuminera de ses rayons tous les confins de l’Italie et de l’Europe.

20 – Il est élu Secrétaire Général de l’Association des oulamas musulmans Algériens. Entre 1950 et 1952, il s’occupe des affaires organiques de l’association ; il coordonne l’enseignement arabo-musulman dans les écoles et instituts de ladite association et s’occupe à organiser son corps enseignant.

21 – Il devient responsable éditorial de la revue « El Bassa’ir », l’organe de l’Association des oulamas musulmans algériens dans laquelle il publie ses articles les signant « Abou Mohammed » jusqu’à la fermeture de la revue en 1956.

22 – Il publie le livre « La géographie de l’Algérie » qui demeure à ce jour le seul livre complet de géographie de la terre algérienne. Le livre connaîtra plusieurs rééditions.

23 – Après le déclenchement de la révolution, il est délégué par l’association des oulamas – à la demande de la direction du Front de Libération Nationale Algérien – pour faire partie de la délégation extérieure du FLN. Il rejoint alors le Caire en 1956. Le FLN le nome responsable de son bureau au Caire. Durant toute la période de la révolution, il sera envoyé à la tête de délégations à tous les pays arabes et à de nombreux pays asiatiques.

24 – Il écrit et publie au Caire en 1957 son livre « Voilà l’Algérie » visant à faire connaître l’Algérie avec sa révolution, son histoire, ses objectifs.

25 – Il est nommé par le FLN « Ministre des affaires culturelles » dans le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne en septembre 1958. Il occupe ce poste jusqu’en 1961. Il s’occupe alors d’orienter, d’organiser et de veiller au confort de mille étudiants algériens dans les pays arabes et deux milles dans les divers pays d’Europe.

26 – Il est nommé en 1961 représentant [de l’Algérie] au rang d’ambassadeur auprès de la République Arabe Unie et ambassadeur permanent auprès de la ligue arabe.

27 – A l’indépendance, il est nommé « Ministre des biens de main-morte » dans le premier et le second gouvernements. Il édifie alors en Algérie dix-sept instituts supérieurs d’enseignement islamique arabe où étudieront quelques six milles étudiants. La République arabe unie, exécutant une ordonnance de Djamel Abdenasser (Nasser), avait répondu favorablement à son vœu en le pourvoyant de cent illustres cheikhs de l’université d’al-Azhar pour intervenir dans cet enseignement qui jouera un rôle de premier plan dans la revivification de l’arabité et de l’islamité de l’Algérie.

28 – Il termine son grand ouvrage « La guerre des trois cents ans entre l’Algérie et l’Espagne (1492-1792) ». Ce livre traite de la naissance et de l’épanouissement de l’État algérien au temps des Ottomans ; Il relate les guerres que l’État algérien a  menées contre les tentatives de conquête croisée menées par l’Espagne et la papauté jusqu’au jour où l’effort de guerre mené par l’Algérie obtint un succès foudroyant. Le livre expose le rôle du peuple et le rôle de la littérature dans ces guerres impitoyables desquelles les gens ne connaissent rien. Le livre paraître en juillet 1968.

29 – En 1966, il est nommé par l’État Algérien ambassadeur plénipotentiaire de l’Algérie auprès de l’Irak -où sera son lieu de résidence officiel-, de la Turquie et de l’Iran.

30 – En mai 1967, une instruction du Président de la RAU (République Arabe Unie) le nomme membre de l’Académie arabe du Caire.

31 – En 1967, il publie les mémoires du syndic des descendants du Prophète en Algérie traitant de la dernière période de l’État algérien ottoman avec un grand nombre de commentaires.

32 – Il publie en 1975 le premier tome de « Une vie de combat » sur ses mémoires de sa prime enfance jusqu’en 1925.

33 – En 1977, il publie le 2e tome de ses mémoires sur la période s’étalant de 1925 à 1954.

34 – Il travaille à la Présidence de la République au titre de Ministre délégué chargé des archives ottomanes en relation avec l’Algérie. Il rapatrie alors des bibliothèques d’Istanbul plus de quatre mille documents permettant de mieux comprendre les relations entre la Porte Sublime et l’État de l’Algérie, « la Maison du Djihâd »

——————————————————————————

La biographie dactylographiée s’arrête là. Elle a donc été rédigée entre 1977 et 1982. Les quatre derniers points ont été écrits au crayon.

Comme faits notables depuis 1977, il y a :

35 – La parution du 3e tome des mémoires d’Ahmed Tewfik El Madani écrits et publiés par lui même en 1982.

36 – Ahmed Tewfik El Madani décède le 18 octobre 1983 suite à une crise cardiaque.

[1]                  C’est-à-dire, cinq numéros, un par an.

[2]                  Environ le même nombre de pages.

[3]                  Ou peut être Algérois.

5,107 total views, 3 views today