Quand la jeunesse algérienne servait d’exemple à suivre à la jeunesse arabe

Voilà un article (où une allocution) de M. Ahmed Tewfik el Madani destiné à exalter le sentiment patriotique chez les jeunes de la République Arabe Unie, un Etat éphémère qui avait regroupé l’Egypte et la Syrie.

Ainsi débute l’article (que j’ai traduit avec le plus d’attention possible) et qui a pour titre : « A la jeunesse arabe »

Jeunes Arabes,

Il n’est pas une civilisation ni un Etat qui ne soient construits par les bras des jeunes et qui ne se soient édifiés sur les épaules des jeunes grâce à leurs sacrifices.

La jeunesse est le symbole du combat et de la résistance ; c’est le rempart imprenable qui protège la nation ; c’est le guide vers la grande renaissance qui remettra les gloires passées à l’honneur, qui revivifiera les trésors du glorieux passé et qui conduira l’arabité[1] vers les plus hauts niveaux.

Je ne connais pas de devoir confié à la jeunesse plus grand que celui qui pèse sur les épaules de la jeunesse arabe d’aujourd’hui.

La jeunesse arabe se doit d’édifier le socle de la nation, de réaliser son unité, de mettre sur pieds les systèmes libres et honnêtes qui ouvrent à la nation arabe le champ de la grandeur et de la dignité qui lui permettent d’atteindre les niveaux de vie respectables et de marcher en tête du monde moderne.

L’arabité demeure, malgré les horreurs du colonialisme et les défaites de l’histoire, une force qui propulse vers l’avant, qui éveille les consciences, qui continue à marcher de l’avant pour atteindre ses objectifs, d’un pas ininterrompu, ne s’arrêtant pas au moindre obstacle.

Nous pouvons certifier que les défaites de l’histoire, que les maux du colonialisme, que les crimes de l’étranger et que les traîtrises des gens dénués d’honneur n’ont pu que donner à l’arabité plus de conviction, de foi et d’élan vers des valeurs suprêmes qui représentent l’essence même de la vie arabe et sa raison d’être.

L’arabité -jeunes gens- est une liberté pour les individus et les groupes, une indépendance de l’Etat, une somme de valeurs morales héritées des gloires du passé et se nourrissant du fond historique honorable.

L’arabité – jeunes gens- est une unité totale, ne reconnaissant ni frontières, ni différences, ni séparations. L’Arabe est le frère de l’Arabe où qu’il soit. L’Arabe est le soutien de l’Arabe là où il se trouve.

L’arabité – jeunes gens- est une science et un art. L’arabité est découvertes et inventions. L’arabité est un combat pour la civilisation. L’arabité est une guerre incessante pour l’élévation de la condition humaine.

L’arabité –jeunes gens- est un drapeau flottant dans les airs, drapeau hissé haut qui ne descend jamais, qui marche vers l’avant et qui ne revient jamais en arrière.

Tout ce passé glorieux exige de vous, jeunes gens, que vous accomplissiez une mission suprême et difficile, tels les titans de votre glorieuse histoire, d’être prêts, corps et âme, sur les plans de la culture et de la science, à marcher sur le sentier de la grande renaissance, à accomplir vos devoirs, à mener à bien votre mission et à réaliser les espoirs chers accrochés à vos cous.

Je ne suis pas en train de vanter les vertus de ma région ou de ma société si je vous dis qu’il vous faut prendre la jeunesse algérienne pour exemple, de prendre son combat et ses sacrifices pour une lumière qui vous illumine votre sentier vers les grands objectifs.

La jeunesse algérienne est une jeunesse arabe qui consent à mourir pour donner la vie, qui accepte de verser son sang pour arroser l’arbre de la liberté. C’est une jeunesse qui arrache la liberté des mains des colons qui n’ont cessé durant un siècle et un tiers de siècle à rendre son pays vil et méprisable.

Ajouter à cet effort de guerre que consent la jeunesse algérienne, il y a ses efforts inlassables qu’elle réalise dans des révolutions sociales, économiques et scientifiques dont l’histoire n’a pas connu de semblables.

La voilà qui pose les jalons du nouvel Etat sur des bases sociales appliquant les plus nobles enseignements du socialisme[2] conjugués aux plus grandes vertus arabes.

La jeunesse algérienne libre et combattante vous présente à vous, jeunesse de la République Arabe Unie[3], ses marques de fraternité, de solidarité et d’union. La jeunesse algérienne a le sentiment honnête de faire partie de vous et que vous êtes une partie d’elle, qu’elle combat pour tous les Arabes tout comme vous combattez, vous, pour tous les Arabes.

Ô jeunesse arabe ! La gloire des Arabes reviendra. Leur union sera scellée et leur grandeur survivra par le sang du martyr dans champ de bataille, par l’effort consenti par le combattant[4] sur les bancs de l’université, par la retraite scientifique du chercheur entre les murs de son laboratoire, par le repli du penseur sur ses feuilles y consignant un concentré de sa pensée, par les efforts des militants qui sillonnent le pays à nourrir le feu de l’ambition et de l’espérance, par l’effort des guides honnêtes qui illuminent la voie et préparent le chemin.

Sois tout cela, ô jeunesse arabe !

Entre dans tous les domaines avec force, foi et sincérité, l’avenir sera tien !

Tu es l’artisan de l’unité, celui qui ressuscite l’espoir, celui qui aura le dernier mot !

Sois les mots mêmes de liberté, d’unité et de renaissance nouvelle !

 

 

 

[1] L’auteur aimait à faire paraître dans la quasi-totalité de ses écrits un slogan devenu celui du mouvement réformiste musulman en Algérie : « L’Islam est ma religion ; La langue arabe est ma langue ; L’Algérie est ma patrie. »

Pris dans un sens plus large, « L’islam est ma religion ; La langue arabe est ma langue ; La nation musulmane est ma patrie. »

La langue arabe est la langue de l’islam par excellence. Etienne Dinet va jusqu’à la qualifier de langue sacrée.

Tout musulman se reconnaît dans ce tryptique : L’islam se place au-dessus de toute autre considération : que l’on soit arabe, turque, kurde, berbère, perse ou de toute autre ethnie, que l’on habite telle ou telle autre partie du globe, si l’on se considère musulman, alors on considère la langue arabe comme sa langue avant toute autre, que le vaste monde musulman est son monde en dehors de toute considération régionale ou raciale.

[2] Dans d’autres circonstances, et pour expliquer le choix du socialisme par l’Algérie, M. Ahmed Tewfik el Madani a expliqué que notre socialisme est un socialisme qui ne s’oppose pas à l’islam. Autre dit, nous prenons do socialisme les hautes valeurs morales non ce qui pourrait être contraire à l’islam.

[3] Il s’agit d’une république égypto-syrienne qui a vu le jour au temps de Nasser et qui a duré quatre ans environ. M. Ahmed Tewfik el Madani fait endosser aux Egyptiens les raisons de la cassure qui a redonné à l’Egypte et à la Syrie leurs indépendances respectives.

[4] M. Ahmed Tewfik el Madani utilise le terme « al-mudjâhid » que j’ai traduit par combattant. En fait, celui qui voue son existence à l’élévation morale, sociale, scientifique, économique etc. de la nation musulmane, celui-là est un mudjâhid. « Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin d’effrayer l’ennemi d’Allah et le vôtre, et d’autres encore que vous ne connaissez pas en dehors de ceux-ci mais qu’Allah connaît Et tout ce que vous dépensez dans le sentier d’Allah vous sera remboursé pleinement et vous ne serez point lésés » (Coran, VIII : 60)

1,691 total views, 4 views today

Pour marque-pages : Permaliens.

A propos Ahmed Tewfik El-Madani

Ce site est dédié à M. Ahmed Tewfik El-Madani, acteur et témoin de l'histoire politique et culturelle de l'Algérie et de la Tunisie principalement mais aussi de toute l'Afrique du Nord et du monde arabo-musulman. Le site est animé par Sid-Ahmed Amine CHERIF-ZAHAR, le petit-fils de M. Madani.

Laisser un commentaire